La journaliste espagnole Sonia Moreno, auteure du livre « Le Maroc… le voisin dérangeant », revient une nouvelle fois sur les manœuvres de Rabat et ses stratégies vis-à-vis des pays voisins, Elle s’est notamment penchée sur la course aux armements menée par le Royaume dans une tentative de rivaliser avec l’Algérie, ainsi que sur les méthodes d’espionnage et de chantage à travers l’utilisation du logiciel israélien « Pegasus », Elle a également évoqué les coulisses du changement de position de l’Espagne concernant la question du Sahara occidental.

Sonia Moreno
Moreno s’appuie dans son analyse sur une expérience de terrain de plus de dix ans passée au Maroc, où elle a vécu et travaillé en tant que correspondante pour plusieurs médias espagnols, Lors d’un entretien accordé au site « TSA Algérie », elle a expliqué les raisons du choix du titre de son livre, affirmant que le Maroc, voisin du sud de l’Espagne, se caractérise par un comportement imprévisible qui pourrait être à l’origine de flux migratoires irréguliers, du trafic de drogue, voire du terrorisme, Selon elle, ces éléments constituent un moyen de pression non seulement sur l’Espagne, mais aussi sur l’ensemble de l’Europe.

Elle a ajouté que cette approche s’est clairement manifestée lors de la crise diplomatique entre Madrid et Rabat en 2021, lorsque l’Espagne avait accueilli, pour des raisons humanitaires, le secrétaire général du Front Polisario, Brahim Ghali, afin qu’il reçoive des soins après avoir été contaminé par le virus du Covid-19, Elle a expliqué qu’à la suite de cet épisode, les autorités marocaines avaient assoupli les mesures de contrôle à leurs frontières avec la ville de Ceuta, ce qui avait permis l’entrée d’environ 12 000 migrants, dont un grand nombre de mineurs, en seulement deux jours.
Moreno a également affirmé que ce qui s’applique à l’Espagne concerne également l’Algérie, voire de manière plus sensible encore, compte tenu du fait que les deux pays partagent une longue frontière terrestre et se trouvent sur le même continent, Elle a indiqué que le Maroc cherche à s’imposer comme la première puissance au Maghreb et en Afrique, ce qui expliquerait, selon elle, la poursuite du renforcement de ses capacités militaires dans le but de rivaliser avec l’Algérie.

Évoquant les moyens de pression exercés par Rabat à l’égard de Madrid, Moreno a affirmé qu’un « lourd silence » règne au sein d’une partie des médias espagnols concernant tout ce qui pourrait déplaire au Maroc, par crainte de voir se reproduire la crise de 2021 et les conséquences politiques et sécuritaires qui l’avaient accompagnée.
La journaliste espagnole a révélé qu’au cours de son séjour au Maroc en 2014, elle avait reçu une proposition consistant à publier uniquement des informations positives sur le Royaume en échange de sommes d’argent, Elle a assuré que certains journalistes travaillant pour des médias espagnols ne publient que des contenus contribuant à améliorer l’image du Maroc.
Elle a ajouté que les journalistes qui diffusent des informations susceptibles de déranger les autorités marocaines font face à différentes formes de pression, avant de devoir choisir entre céder à ces pressions ou poursuivre leur travail en toute indépendance.
Dans le même contexte, Moreno a révélé avoir été espionnée en 2021 à l’aide d’un programme similaire au logiciel « Pegasus », Elle a expliqué que la société Lazarus Technology avait procédé à l’analyse de son téléphone et de son ordinateur, concluant que ces appareils avaient été piratés.
Elle a indiqué avoir remis un rapport technique à la Police nationale espagnole, qui a ouvert une enquête après la plainte déposée, avant que l’affaire ne soit transmise à la justice.
Selon ce rapport, Moreno aurait été espionnée à 64 reprises entre avril 2020 et février 2021, permettant aux personnes impliquées d’accéder à l’intégralité du contenu de ses appareils, notamment ses messages, l’application « WhatsApp » ainsi que la caméra, Elle a ajouté que les deux suspects seraient un ancien journaliste et un ancien policier, tous deux d’origine marocaine et détenteurs de la nationalité espagnole.
Elle a précisé que l’ancien policier est toujours en fuite, tandis que le juge a ordonné à l’autre journaliste de verser une caution financière provisoire, sous peine de saisie de ses biens en cas de non-respect de cette décision.
Moreno a conclu en indiquant que ce journaliste entretient des liens avec le Parti socialiste catalan et qu’il est apparu sur des photos aux côtés de l’ancien ministre espagnol Miquel Iceta ainsi que du président du gouvernement catalan Salvador Illa.




