Algeria Gate : Nouveau tournant au Sahel : après des mois de fortes tensions, Alger et Bamako renouent le dialogue et pourraient rebattre les cartes dans la région.
Une visite aux dimensions stratégiques
Le Premier ministre algérien, Sifi Ghrieb, doit se rendre lundi à Bamako, en visite officielle, à l’invitation de son homologue malien, le général de corps d’armée Abdoulaye Maïga, Selon la primature malienne, Sifi Ghrieb dirigera une délégation algérienne de haut niveau et portera un message du président Abdelmadjid Tebboune au président malien, le général Assimi Goïta, qui devrait le recevoir, Une séance de travail entre les deux Premiers ministres est également prévue, consacrée aux moyens de faire avancer le dialogue bilatéral et de renforcer la coopération dans plusieurs domaines d’intérêt commun.
Cette visite marque une volonté claire des deux parties de dépasser la crise qui a oppose Alger et Bamako pendant plusieurs mois, et de relancer la coopération politique, sécuritaire et économique entre les deux pays. Elle intervient après la visite de travail effectuée en Algérie, le 24 août dernier, par le Premier ministre malien lui-même, et devrait ouvrir la voie à une visite officielle du président Assimi Goïta à Alger, sur invitation du président Tebboune.
Une crise de quatorze mois
Ce réchauffement met fin à une période de tensions particulièrement vive entre l’Algérie et ses voisins du Sahel, Le 31 mars 2025, l’armée algérienne avait abattu un drone militaire malien après sa pénétration de l’espace aérien algérien sur environ deux kilomètres, En représailles, le Mali, le Niger et le Burkina Faso, réunis au sein de la Confédération des États du Sahel, avaient rappelé leurs ambassadeurs d’Alger, avant que l’Algérie ne fasse de même à Niamey, au nom du principe de réciprocité, le 7 avril 2025.
Une équation sécuritaire jugée vitale pour l’Algérie
Pour Alger, la stabilité du Mali et plus largement du Sahel touche directement à sa sécurité nationale, cette région constituant un prolongement direct de sa profondeur stratégique, L’Algérie défend de longue date une approche combinant dialogue politique, sécurisation des frontières et développement économique, qu’elle présente comme la voie la plus sûre pour éviter que la région ne bascule davantage dans l’instabilité.
C’est dans cette logique que s’inscrivent plusieurs gestes récents envers les pays voisins, comme le don de quatre hélicoptères avec leurs équipements, effectué par le ministère algérien de la Défense au profit de l’armée nigérienne, ou le déploiement, à la demande du Niger, de chasseurs Soukhoï-30 dans le ciel de Niamey.
Une région en pleine recomposition
Ce rapprochement algéro-malien intervient dans un Sahel en pleine recomposition géopolitique, marqué par le recul de l’influence française, l’émergence de nouvelles alliances régionales et une compétition croissante autour de grands projets énergétiques et stratégiques, Parmi eux figure le projet de gazoduc transsaharien, censé relier le Nigeria à l’Europe via le Niger et l’Algérie, un projet qui confère au Sahel une importance géoéconomique considérable et qui se trouve en concurrence directe avec le projet rival de gazoduc atlantique porté par le Maroc.
Certains analystes proches d’Alger n’hésitent pas à évoquer, dans ce contexte, les manœuvres de ce qu’ils qualifient d’« axe du mal », regroupant le Maroc, les Émirats arabes unis et la France, qu’ils accusent de chercher à déstabiliser la profondeur stratégique algérienne au Sahel, Cette lecture, largement reprise par une partie de la presse algérienne, reste toutefois une interprétation partisane du contexte régional, qui n’est pas partagée par l’ensemble des observateurs internationaux et n’a pas fait l’objet d’une confirmation indépendante.
Un message de portée régionale
Après quatorze mois de tensions, le message envoyé conjointement par Alger et Bamako est en tout cas sans ambiguïté : le dialogue reprend, les intérêts stratégiques et économiques des deux pays convergent, et l’équilibre des forces au Sahel pourrait, une nouvelle fois, être appelé à évoluer dans les mois à venir.