Algeria Gate : Le président Abdelmadjid Tebboune a posé une question simple sur le gazoduc Nigeria-Maroc, Elle résume à elle seule l’une des faiblesses du projet marocain, Lors de sa rencontre périodique avec la presse nationale, le chef de l’État a surtout demandé combien de gaz restera réellement pour l’Europe une fois que le tuyau aura alimenté tous les pays traversés.
En effet, la différence entre les deux projets saute aux yeux, Le gazoduc Nigeria-Maroc doit s’étendre sur 6800 à 6900 kilomètres, dont une grande partie en mer, et traverser une longue série de pays d’Afrique de l’Ouest avant d’atteindre le Maroc, puis l’Europe à terme.
Son coût est estimé entre 25 et 26 milliards de dollars, Ce n’est donc pas une liaison directe entre les gisements nigérians et le marché européen : le tracé doit aussi alimenter les économies des pays qu’il traverse, dont plusieurs États d’Afrique de l’Ouest en déficit d’énergie.
C’est là que la question du président de la République prend son sens, Plus un gazoduc multiplie les marchés à approvisionner, plus le volume disponible à son extrémité européenne devient incertain.
Le 4 juin 2026, l’Algérie, le Nigeria et le Niger ont lancé les travaux du tronçon algérien du TSGP à Aoulef, dans la wilaya d’Adrar. Le projet est entré dans une phase concrète après des années d’études et de préparation.
Le gazoduc doit transporter dans un premier temps environ 20 milliards de m³ par an, avec une capacité pouvant atteindre près de 30 milliards de m³. Son arrivée à Hassi R’mel est un atout : le gaz nigérian pourra être connecté au réseau algérien existant, puis aux infrastructures d’exportation vers l’Europe.
En face, le projet Nigeria-Maroc bute encore sur une étape décisive : le financement. Malgré les accords politiques entre les pays concernés et les avancées diplomatiques de 2026, la décision finale d’investissement (FID) n’est pas prise. La société chargée de porter le projet doit être créée et les financements mobilisés avant que les travaux puissent réellement démarrer. Sur le terrain économique, le discours autour du « concurrent » marocain montre ses limites.
Le projet atlantique est plus long, plus cher, plus complexe. Il combine infrastructures terrestres et sous-marines, coordonne de nombreux pays et exige des investissements considérables. Son ambition est réelle : transformer le corridor ouest-africain en vaste réseau énergétique régional. Mais le présenter comme un remplaçant direct du TSGP pour alimenter l’Europe est une autre affaire.
Le projet algéro-nigéro-nigérian a pour lui un tracé plus court, peu de pays concernés et surtout un débouché vers une infrastructure déjà opérationnelle. L’Algérie dispose d’un réseau de transport, de capacités de traitement, de terminaux GNL et de plusieurs gazoducs qui relient déjà son territoire au marché européen.
La question de Abdelamdjid Tebboune ressemble moins à une attaque politique qu’à un rappel des fondamentaux : un gazoduc ne se juge pas à la longueur d’une carte ni à l’ampleur des annonces, mais à la quantité de gaz qu’il transporte réellement, au coût de son acheminement et à la capacité de ses promoteurs à le financer et à le construire. Sur ce terrain, le TSGP a aujourd’hui une longueur d’avance.


