Parler de l’Algérie en France est devenu, ces dernières années, un exercice de plus en plus chargé d’émotion et de surenchère politique, À chaque crise diplomatique, à chaque fait divers lié au narcotrafic ou à l’insécurité, Eric Zemmour ressortent les mêmes raccourcis : l’Algérie serait responsable des maux français, et la « DZ Mafia » deviendrait la preuve d’une prétendue menace venue d’Alger, Cette lecture est non seulement fausse, mais dangereuse.
D’abord, il faut rappeler une évidence : la DZ Mafia n’est pas l’Algérie, Il s’agit d’un réseau criminel, comme il en existe dans de nombreux pays, Le narcotrafic est un phénomène transnational qui touche l’Europe entière, de Belgique aux Pays-Bas, en passant par l’Espagne ou la France elle-même, Réduire ce problème complexe à une nationalité ou à une origine est une simplification qui ne résiste pas à l’analyse.
La consommation de drogue en France n’a pas été créée par l’Algérie, Elle résulte de réalités sociales profondes : pauvreté, marginalisation de certains quartiers, économie parallèle, demande massive de stupéfiants et échec partiel des politiques publiques, Sans consommateurs, il n’existe pas de marché. Faire croire qu’un pays étranger « pousse les Français à se droguer pour dominer la population » relève davantage du fantasme politique que du journalisme.
Il faut aussi mesurer les conséquences de ce type de discours, En amalgamant criminalité et origine algérienne, on jette la suspicion sur des millions de personnes honnêtes : travailleurs, étudiants, entrepreneurs, médecins, artistes ou sportifs issus de l’immigration algérienne, Cette confusion nourrit les tensions identitaires et fragilise davantage les relations entre deux peuples dont l’histoire est déjà profondément marquée par les blessures du passé colonial.
L’Algérie, de son côté, a elle aussi payé un lourd tribut à la violence criminelle et au terrorisme. Elle connaît les ravages des trafics et de l’économie clandestine. Présenter le pays comme une puissance cherchant à « conquérir » la France par la drogue est une accusation sans fondement sérieux et sans preuve tangible.
Le rôle du journalisme n’est pas d’alimenter les peurs collectives ni de transformer des réseaux mafieux en conflits entre nations, Il consiste au contraire à distinguer les faits des slogans, les responsabilités individuelles des amalgames identitaires.
Critiquer le narcotrafic est légitime, Combattre les réseaux criminels est nécessaire, Mais transformer un problème criminel en accusation globale contre l’Algérie ou les Algériens ne résout rien – cela ne fait qu’ajouter de la division à une situation déjà tendue.