L’Algérie a adressé 61 commissions rogatoires à la France pour récupérer des fonds détournés… sans obtenir de réponse !
Dès l’atterrissage de l’avion transportant le ministre français de la Justice Gérald Darmanin à l’aéroport d’Alger Houari-Boumédiène, une série de questions se posera concernant la réponse française attendue au dossier de l’extradition des personnes recherchées par la justice algérienne, Il s’agit notamment des figures impliquées dans des affaires de corruption durant l’ère de l’ancien président Abdelaziz Bouteflika, en tête desquelles l’ex-ministre de l’Industrie Abdeslam Bouchouareb, ainsi que des personnes liées aux organisations « MAK » et « Rachad », qualifiées de terroristes par les autorités algériennes, sans oublier d’autres activistes recherchés par les tribunaux algériens dans des affaires de diffamation, de chantage, d’atteinte aux institutions de la République, ainsi que de collaboration et d’espionnage au profit de parties étrangères.

Si la presse française a fait du dossier du journaliste Christophe Gleizes une priorité française, le ministre français de la Justice Gérald Darmanin, qui sera accompagné de plusieurs magistrats pour discuter de la coopération judiciaire entre les deux pays ainsi que de dossiers « sensibles », sera en Algérie face à une véritable épreuve de bonne volonté et de passage des paroles aux actes.
Alors que les analyses françaises réduisent cette visite aux questions de coopération et de coordination dans les domaines de la justice, de la lutte contre le terrorisme, de l’immigration, ainsi qu’au dossier du journaliste français emprisonné en Algérie, Christophe Gleizes, condamné à sept ans de prison pour des accusations liées à l’apologie du terrorisme, Darmanin est cette fois appelé à répondre avec précision aux interrogations algériennes concernant notamment le sort des commissions rogatoires et des mandats d’arrêt internationaux restés sans suite, ainsi que la récupération des fonds détournés d’Algérie et transférés vers la France.

Le dossier des personnes recherchées par la justice algérienne ainsi que celui de la récupération des fonds algériens détournés constituent l’un des principaux sujets de tension dans les relations franco-algériennes. Le président algérien Abdelmadjid Tebboune a d’ailleurs exprimé à plusieurs reprises son mécontentement face aux lenteurs de Paris dans l’extradition vers l’Algérie de personnes poursuivies pour corruption et détournement de fonds publics.
Outre Abdeslam Bouchouareb, Paris refuse également l’expulsion d’autres individus recherchés dans des affaires liées à la corruption, mais aussi dans des dossiers sécuritaires, de terrorisme et impliquant des dirigeants des mouvements Rachad et MAK, qualifiés de terroristes par les autorités algériennes.
Le ministère français de la Justice a indiqué dans un communiqué que « l’objectif de cette visite est d’ouvrir un nouveau chapitre de la coopération judiciaire entre nos deux pays ». Il a précisé que Gérald Darmanin abordera également des questions liées à la criminalité organisée, au trafic de drogue et à la lutte contre le terrorisme. Il sera reçu en Algérie par son homologue Lotfi Boudjemaa.
Selon plusieurs observateurs, la visite de Gérald Darmanin reflète une amélioration des relations entre Paris et Alger après près de deux années de crise diplomatique. Elle intervient après un début d’apaisement marqué par la visite en Algérie du ministre français de l’Intérieur Laurent Nuñez, puis celle de la ministre déléguée auprès du ministère français des Armées Alice Rufo.
Le ministère français de la Justice a également confirmé que « des cas individuels sensibles, notamment celui de notre compatriote Christophe Gleizes emprisonné en Algérie », seront évoqués lors de cette visite prévue lundi.
Le ministre français sera accompagné, fait jugé « sans précédent », d’une délégation de magistrats comprenant la procureure nationale chargée de la lutte contre la criminalité organisée, Vanessa Perrée, ainsi que le procureur national financier Pascal Prache.

Il y a près d’un an, la justice française a refusé, pour la sixième fois, d’extrader vers l’Algérie l’ancien ministre de l’Industrie Abdeslam Bouchouareb, poursuivi par la justice algérienne dans plusieurs affaires de corruption et de détournement de fonds publics, Une décision qui était attendue, compte tenu du climat de crise politique qui affecte les relations entre les deux pays.

L’Algérie avait présenté six demandes d’extradition visant l’ancien ministre de l’Industrie sous la présidence du défunt Abdelaziz Bouteflika, Abdeslam Bouchouareb, après que la justice algérienne a prononcé à son encontre, jusqu’à présent, cinq condamnations à des peines de prison allant de 15 à 20 ans, pour des affaires de corruption financière et d’obtention d’avantages indus.
L’extradition de Abdeslam Bouchouareb, qui possède également la nationalité française, constitue « une revendication algérienne non négociable ».