Algeria Gate : L’Algérie veut changer de modèle dans le secteur laitier. Longtemps dépendante des importations de poudre de lait pour alimenter son industrie, le pays mise désormais sur une stratégie combinant développement de l’élevage, augmentation de la collecte de lait cru et multiplication des capacités de transformation. Une réorientation qui commence à se refléter dans les échanges avec certains grands fournisseurs internationaux.
En effet, les chiffres disponibles auprès des acteurs du marché sud-américain témoignent de cette évolution. En 2025, l’Algérie avait acheté près de 70 711 tonnes de poudre de lait en provenance d’Argentine, pour une valeur estimée à 278,6 millions de dollars, selon le média spécialisé TodoAgro. Ces volumes représentaient alors 18,1 % des exportations laitières argentines.
Quelques mois plus tard, les flux semblent marquer un net ralentissement. D’après Blasina y Asociados, les exportations de produits laitiers uruguayens vers l’Algérie se sont établies à 2 431 tonnes en septembre, pour environ 8,9 millions de dollars, contre 9 809 tonnes et 38 millions de dollars sur la même période de l’année précédente.
Cette évolution intervient alors que les autorités algériennes accélèrent les investissements destinés à augmenter la production nationale et à réduire progressivement le recours aux produits importés.
De nouvelles usines pour répondre à la demande
L’un des piliers de cette politique repose sur l’extension de l’outil industriel. Plusieurs projets sont actuellement destinés à accroître la production locale, notamment dans le segment stratégique du lait infantile.
À Larbatache, à Boumerdès, le projet porté par Baby Infant Nutrition prévoit ainsi une unité dont la production doit atteindre dans un premier temps 5 000 tonnes, avant de doubler pour atteindre 10 000 tonnes à l’horizon 2027. Le projet devrait générer une centaine d’emplois directs.
À Oran, une autre unité spécialisée dans le lait infantile est déjà entrée en production en 2025 après un investissement estimé à 42 millions de dollars. Sa montée en puissance doit permettre de couvrir à terme jusqu’à 40 % des besoins du marché national dans ce segment.
Le secteur public cherche parallèlement à attirer le savoir-faire étranger. Le groupe Giplait travaille notamment avec le biélorusse Bellakt sur un projet de coopération pouvant déboucher sur la création d’une coentreprise. Au-delà de la production, l’objectif est également de favoriser le transfert de technologies et de compétences.
Pour l’Algérie, développer les capacités industrielles ne suffit toutefois pas. La réduction durable des importations passe également par une disponibilité accrue de lait cru produit localement.
Les industriels renforcent ainsi leurs réseaux d’approvisionnement auprès des éleveurs. La Laiterie Soummam collecte déjà quelque 700 000 litres de lait cru quotidiennement et entend poursuivre cette progression en développant ses relations avec les producteurs, les collecteurs et les structures publiques.
Cette montée en puissance de la collecte constitue un maillon essentiel. Elle doit permettre aux transformateurs de disposer d’une matière première locale plus abondante et de réduire progressivement leur dépendance aux intrants importés.
Baladna veut changer d’échelle
L’élevage bovin constitue l’autre grande pièce du dispositif. Le projet Baladna s’inscrit précisément dans cette logique avec la création de pôles agro-industriels intégrant élevage, production fourragère, irrigation et transformation.
Le programme prévoit notamment l’introduction de races bovines à haut potentiel laitier et la mise en place d’infrastructures adaptées aux conditions climatiques du Sud. L’exploitation des ressources hydriques souterraines de cette région doit accompagner le développement de ces complexes agricoles.
L’ambition est ainsi de construire une chaîne allant de la production de l’alimentation animale jusqu’à la transformation du lait, plutôt que de dépendre principalement d’une matière première importée.
La transformation engagée par l’Algérie dépasse donc la seule question des importations de poudre de lait. Elle touche désormais l’ensemble de la chaîne de valeur : élevage, collecte, industrie et production de produits à plus forte valeur ajoutée.
Si les différents projets atteignent progressivement leurs objectifs, le pays pourrait renforcer sa capacité à satisfaire une part croissante de la consommation nationale à partir de ressources produites localement. Pour les pouvoirs publics, l’enjeu est double : sécuriser l’approvisionnement du marché et alléger, à terme, la pression exercée par les importations sur la facture alimentaire.
La filière laitière devient ainsi l’un des terrains privilégiés de la politique de développement des productions agricoles locales et de renforcement de la sécurité alimentaire.




