Article d’opinion par l’ancien ambassadeur Algérien, Amar Belani
Interview de Massad Boulos : Les quatre déclarations qui font voler en éclats le récit de Rabat
Algeria Gate: L’interview accordée cette semaine par Massad Boulos, conseiller principal du président américain Donald Trump pour les affaires arabes et africaines, à France 24 n’avait rien d’un exercice diplomatique poli. En quatre déclarations claires, l’envoyé de Washington a démantelé le récit triomphaliste que le Maroc martèle depuis un an.
Première déclaration : La reconnaissance d’une impasse temporaire alors que Rabat proclamait la victoire
« Il n’existe, pour le moment, aucune solution que l’on puisse voir ou toucher. »
Le Maroc avait bâti toute sa stratégie de communication sur une fiction simple : la résolution 2797 du Conseil de sécurité aurait réglé la question du Sahara occidental, ne laissant plus qu’à en récolter les fruits. Les propos de Boulos percent cette affirmation. Après trois cycles de pourparlers, le dossier reste bloqué. La réalité a rattrapé la propagande.
Deuxième déclaration : La patience qui gêne ceux qui réclamaient un ultimatum
Boulos attend la réponse du Front Polisario. Pas de délai. Pas d’ultimatum.
Alors que Rabat appelait à une diplomatie américaine plus agressive et comptait sur l’impatience de Washington pour accélérer le processus, les États-Unis ont choisi d’attendre. Les calculs de la diplomatie marocaine ont été exposés.
Troisième déclaration : L’Algérie louée, et non désignée
Depuis des années, Rabat répète que l’Algérie est le véritable obstacle qu’il faut isoler pour débloquer les négociations. Boulos a choisi précisément ce moment pour faire l’inverse. Il a mis en avant un partenariat constructif et a publiquement remercié les autorités algériennes.
Quatrième déclaration : L’Algérie ne peut pas imposer de solution
C’est la phrase qui résonnera le plus longtemps à Rabat. Boulos a clairement affirmé que l’Algérie ne peut pas imposer de solution au Sahara occidental, mais qu’elle peut encourager le processus – et, selon Washington, elle l’a fait.
Cette position contredit directement la tentative de longue date du Maroc de présenter l’Algérie comme la principale partie au conflit. Dans le cadre des Nations unies, les deux parties restent le Maroc et le Front Polisario. L’Algérie et la Mauritanie sont des pays voisins invités à coopérer. Rien de plus, rien de moins.
Ce que Rabat refuse de voir
Ces quatre déclarations délivrent un seul message : l’administration américaine n’a jamais donné de chèque en blanc au Maroc.
Dans son triomphalisme fiévreux et mal calculé, le Maroc a traité la résolution 2797 comme une reddition algérienne accomplie. Le responsable américain vient de rappeler à tout le monde qu’il ne s’agissait que d’un cadre de négociations.
Un cadre ne produit pas de résultat à lui seul. Un accord doit encore être trouvé, et surtout le Front Polisario doit donner son consentement clair et librement exprimé. C’est la seule condition pour parvenir à une solution mutuellement acceptable.

