Algeria Gate : [Editorial Amar Belani] Duhamel, héritier d’une dynastie et procureur de l’Algérie
Face à Ségolène Royal, Benjamin Duhamel a demandé, reformulé, relancé la même question pour essayer d’arracher un seul mot à son interlocutrice . « Autoritaire », le trophée éditorial que Duhamel voulait absolument accrocher à l’Algérie.
Le problème n’est pas qu’un journaliste interroge Royal sur l’Algérie. C’est qu’il semble vouloir obtenir une réponse plutôt que l’entendre. Quand l’invitée refuse la qualification attendue, l’interview tourne au forcing.

Cette insistance prend une saveur particulière quand elle vient de Benjamin Duhamel, héritier gâté et pistonné d’une véritable dynastie médiatique. Fils de Patrice Duhamel et de Nathalie Saint-Cricq, neveu d’Alain Duhamel, il n’est pas exactement tombé par hasard dans le bain audiovisuel. Trois générations, plusieurs postes prestigieux, une présence familiale qui illustre la reproduction ad nauseam des élites médiatiques françaises.
Personne ne lui reproche d’être le fils de ses parents. Mais personne n’est obligé d’oublier d’où vient son fauteuil. Et le voilà désormais installé sur BFM TV, l’une des principales scènes françaises du commentaire politique permanent. Une antenne où certaines questions semblent parfois arriver avec leur réponse déjà emballée. Surtout lorsqu’il s’agit de l’Algerie.
Mais ce blanc-bec devrait aussi dessiller et regarder son propre pays avant de distribuer les certificats de démocratie.
Pendant les Gilets jaunes, la police française a procédé à 13 460 tirs de LBD, selon l’IGPN. En 2023, l’IGPN recensait encore 21 989 tirs. La France est l’un des rares pays à utiliser de manière disproportionnée ces LBD qui sont classés comme armes de guerre à tel point que leur usage a suscité de nombreuses critiques, notamment au Conseil de l’Europe.
Alors, avant de vouloir arracher à Ségolène Royal le mot « autoritaire », Duhamel ferait bien de regarder les pratiques de maintien de l’ordre de son propre pays. Une démocratie ne se définit pas par les fausses leçons qu’elle administre aux autres. Elle se mesure aussi à la manière dont elle traite ceux qui manifestent aujourd’hui, notamment lorsque les violences policières touchent de façon disproportionnée et préméditée les populations noires et maghrébines.
Et puisque ce journaliste, né avec une cuillère en or dans la bouche, distribue si facilement les certificats de vertu démocratique, une question s’impose : de quelle démocratie parle-t-on ? De celle qui proclame les droits de l’homme tout en ayant éborgné des manifestants et des lycéens avec des LBD ?
De celle qui exige des autres une perfection démocratique qu’elle refuse parfois de regarder dans son propre miroir ? Voilà une question que Duhamel aurait pu se poser à lui-même.
Mais, comme sa mère prise en flagrant délit de tricherie lors d’un débat, il préférera sans doute botter en touche. Certaines habitudes semblent décidément se transmettre. C’est dans les veines.












