Algeria Gate : La séquence risque de déplaire à ceux qui, en France, présentent l’Algérie à travers le seul prisme de l’autoritarisme et des libertés publiques, Invitée ce lundi sur France Inter, Ségolène Royal a refusé de qualifier le régime algérien d’« autoritaire », renvoyant son interlocuteur aux réalités françaises et appelant à renouer avec Alger.
En effet, lors de ce passage, le journaliste Benjamin Duhamel l’interroge à plusieurs reprises sur la nature du régime algérien, Elle refuse la qualification d’« autoritaire ». « Non, je ne peux pas le dire », répond-elle, avant de préciser : « C’est au peuple algérien de se définir ».
L’ancienne ministre socialiste reconnaît « un certain nombre de problèmes » en Algérie, mais refuse d’en faire une caractérisation globale du pays. Une position qui tranche avec une partie du traitement médiatique français, souvent prompt à présenter l’Algérie sous un angle exclusivement négatif.
Face aux relances insistantes du journaliste, Ségolène Royal retourne le miroir vers la France : « Et la France, c’est quoi la France ? », lance-t-elle, en évoquant les tensions récentes autour des mobilisations lycéennes et les interventions des forces de l’ordre.
La France connaît elle aussi « un certain nombre de problèmes », rappelle-t-elle. Difficile, dans ces conditions, de s’ériger en juge permanent des autres pays.
Interrogée ensuite sur les cas de Boualem Sansal et du journaliste français Christophe Gleizes, elle maintient son refus de qualifier le régime algérien d’autoritaire. Elle souligne aussi les tensions diplomatiques entre Paris et Alger, et juge notamment peu judicieuse la détention d’un agent consulaire algérien par la France.
Ségolène Royal conteste l’image systématiquement négative de l’Algérie véhiculée dans certains débats français : « Si l’Algérie était ce que vous dites, vous croyez que le pape serait allé en Algérie ? », demande-t-elle, avant de s’interroger sur les violences dans les rues de Paris : « Vous ne croyez pas que c’est barbare ce qu’on voit dans les rues de Paris ? ».
Un retournement de perspective qui met en évidence les limites d’une lecture à sens unique de la situation algérienne.
Au-delà de la polémique, Ségolène Royal défend une approche pragmatique des relations entre les deux pays. Rétablir les relations diplomatiques avec l’Algérie serait « intelligent », estime-t-elle, notamment pour renforcer la coopération énergétique et permettre à la France de bénéficier du gaz algérien.
Elle évoque également l’hydrogène vert et appelle les Européens à travailler davantage avec leurs voisins du Maghreb et, plus largement, avec l’Afrique. Il s’agit là d’un discours qui tranche avec celui de certains commentateurs français. Entre les leçons de morale et les intérêts géopolitiques, énergétiques et économiques, Paris aurait sans doute intérêt à privilégier le dialogue avec Alger.