Algeria Gate : Les intérêts liés à Abou Dhabi connaissent un nouveau revers dans le secteur énergétique algérien. Moeve (ex Cepsa), le groupe espagnol contrôlé majoritairement par le fonds souverain émirati Mubadala, a conclu un accord pour céder à l’indonésien Pertamina l’ensemble de ses participations dans trois importants gisements pétroliers du Sahara algérien. Une opération qui intervient en pleine crise diplomatique entre Alger et Abou Dhabi et qui marque un tournant dans la présence des capitaux émiratis au sein d’un secteur névralgique de l’économie nationale.
En effet, le mouvement est loin d’être anodin. À travers cette transaction, Moeve abandonne ses intérêts dans les champs de Rhourde El Khrouf, Bir El Msana et Ourhoud, tous situés dans le bassin de Berkine, au sud-est de l’Algérie. Ce dernier abrite notamment Ourhoud, deuxième plus grand gisement pétrolier du pays après Hassi Messaoud.
L’accord prévoit le transfert des participations détenues par les filiales de Moeve à PT Pertamina Algeria Eksplorasi Produksi (PAEP), une entité du géant énergétique public indonésien. Le montant de l’opération n’a pas été communiqué. Sa finalisation reste toutefois soumise aux procédures réglementaires habituelles, notamment aux autorisations des autorités algériennes.
Cette cession prend une résonance particulière au regard de l’actionnariat de Moeve. Le groupe espagnol est détenu à 61,36 % par Mubadala, le fonds souverain d’Abou Dhabi, tandis que le fonds américain Carlyle possède environ 38,4 % de son capital.
Autrement dit, derrière le retrait d’une entreprise espagnole se profile également celui d’intérêts financiers directement liés à l’émirat d’Abou Dhabi. Dans un contexte de détérioration profonde des relations entre l’Algérie et les Émirats arabes unis, cette évolution constitue un signal fort concernant la recomposition des partenariats étrangers dans les secteurs stratégiques nationaux.
Pour Alger, l’enjeu dépasse donc le simple changement d’actionnaire dans trois actifs pétroliers. Il s’agit aussi de préserver ses intérêts économiques et énergétiques face aux recompositions géopolitiques régionales, en veillant à ce que les partenariats internationaux restent compatibles avec ses priorités nationales.
L’Indonésie prend le relais, l’Algérie garde la main
Le remplacement de Moeve par Pertamina offre une autre lecture de cette opération : celle d’une diversification des partenaires énergétiques de l’Algérie au profit d’acteurs disposant d’une expérience internationale et d’une assise étatique.
Déjà présente dans le pays depuis 2014 à travers sa filiale PAEP, la compagnie indonésienne renforce ainsi son implantation dans l’amont pétrolier algérien. Son partenariat avec Sonatrach constitue un autre point d’appui pour développer ses activités et inscrire ses investissements dans la durée.
Un élément mérite particulièrement d’être souligné : le transfert des participations n’est pas automatique. Les autorités algériennes doivent encore donner les autorisations nécessaires à la finalisation de l’opération. Alger conserve ainsi un rôle déterminant dans la validation de cette nouvelle configuration capitalistique.
Dans un environnement régional marqué par les tensions et les rapports de force, le signal est clair : les intérêts économiques étrangers ne sauraient se substituer aux impératifs de souveraineté nationale. L’attractivité du domaine énergétique algérien demeure intacte et les partenariats qui s’y développent doivent avant tout servir les priorités de l’Algérie.

