Algeria Gate: C’est un camouflet en pleine face. Zaïr Kédadouche, ancien conseiller de Jacques Chirac, Franco-Algérien de longue date, militant historique des Républicains, vient de larguer le parti… et de régler ses comptes avec Bruno Retailleau. Pas en silence. En public. Et sans gants.
Dans une lettre ouverte publiée dans Libération, l’ancien ambassadeur et consul général refuse purement et simplement de rejoindre le comité de soutien de Retailleau et de financer sa campagne pour 2027. La réponse à l’invitation du président des LR, qui lui avait écrit « il ne manque plus que toi pour me faire gagner », est cinglante : « Il vous manquera, à compter de ce jour, un militant de plus. »
Le désaccord n’est pas technique. Il est fondamental. Kédadouche accuse Retailleau de stigmatiser les Français d’origine maghrébine, et particulièrement les Franco-Algériens, transformant une obsession personnelle en ligne politique. « Vous promettez de remettre la France à l’endroit… Mais ce n’est pas la France que vous redressez lorsque vous accusez, de manière obsessionnelle, celles et ceux originaires du Maghreb », écrit-il.
Alger au centre du ring. Les OQTF, l’affaire Boualem Sansal, les sorties répétées contre l’Algérie : pour Kédadouche, tout cela ne construit rien. Ça clive. Ça nourrit la rancœur. Ça transforme une relation déjà complexe en arme électorale. Et surtout, ça trahit l’héritage de Chirac et des gaullistes, qu’il estime liquider au profit d’un discours de pure crispation identitaire.
Le rappel historique est brutal. L’armée d’Afrique qui a libéré la France en 1944 comptait plus de 200 000 soldats français de confession musulmane. « Les Mohamed et les Fatima que vous suspectez aujourd’hui sont les enfants et petits-enfants de ces résistants d’hier », assène Kédadouche. Et d’ajouter, pour faire bonne mesure : « Le général de Gaulle doit se retourner dans sa tombe. »
Retailleau qui traite La France Insoumise de « collabos » ? Kédadouche lui rétorque que, au moins, Mélenchon n’a jamais stigmatisé les Français issus de l’immigration. Quant aux cris « à bas le voile » qualifié d’« étendard de l’islamisme », l’ancien conseiller de Chirac y voit une contradiction pure et simple : sommer des femmes d’ôter le voile au nom de la liberté, c’est exactement leur retirer cette liberté.
Cette rupture n’est pas anodine. Elle survient au moment où la droite traditionnelle cherche désespérément à se réinventer pour 2027. Retailleau mise sur la fermeté, l’identité, la sécurité, et un rapport de force permanent avec Alger. Kédadouche, lui, refuse de cautionner ce qu’il considère comme une dérive. Pour lui, on ne construit pas l’unité nationale en désignant une partie des citoyens comme suspects permanents.
Le message est clair, et il résonne bien au-delà d’un simple départ de parti. Dans la France de 2026, même au sein de la droite, certains refusent encore de transformer l’Algérie et les Franco-Algériens en bouc émissaire électoral. Zaïr Kédadouche vient de le rappeler. Bruyamment.




