Algeria Gate : La contestation ne vient plus seulement des téléspectateurs ou des observateurs des médias. Elle gagne désormais les coulisses de BFMTV. Plus de 160 techniciens de la chaîne française d’information en continu ont décidé de s’adresser directement à leur direction et à son propriétaire, le milliardaire Rodolphe Saadé, pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme une dérive idéologique de l’antenne, marquée par une banalisation croissante des discours d’extrême droite.
En effet, dans un courrier adressé lundi 3 novembre, les signataires font état d’un malaise grandissant au sein de la rédaction. Ils pointent notamment la place accordée à des chroniqueurs, éditorialistes et invités dont les interventions véhiculeraient des propos racistes et réactionnaires, sans être suffisamment encadrées ni systématiquement contredites.
Au cœur de leurs préoccupations figure la multiplication de références à des concepts controversés comme le « grand remplacement » ou les « Français de souche ». Les salariés dénoncent également le traitement réservé à certaines mobilisations sociales et politiques, estimant que la couverture médiatique privilégie les images de pillages et les scènes de violence au détriment des revendications portées par les manifestants.
Le pluralisme au cœur de la contestation
Les techniciens signataires s’inquiètent particulièrement de la manière dont certaines déclarations de responsables du Rassemblement national sont relayées à l’antenne. Ils citent notamment les propos présentant Trappes comme une « république islamiste », tenus quelques jours après un attentat à caractère raciste dans cette commune.
Pour les salariés mobilisés, le problème dépasse la présence de personnalités politiques de différents horizons sur les plateaux. Ils estiment que le pluralisme ne saurait se limiter à offrir un espace d’expression à toutes les sensibilités, sans exercer le nécessaire travail de vérification, de contextualisation et de contradiction journalistique.
Leur démarche s’accompagne ainsi d’un appel à un rééquilibrage éditorial, fondé sur le respect de la déontologie, la rigueur de l’information et une meilleure maîtrise des interventions diffusées sur la chaîne. Selon des informations rapportées par « Libération », la direction aurait notamment envisagé la publication d’un baromètre mensuel destiné à mesurer plusieurs indicateurs, dont le temps de parole des invités, la représentation de la société civile et les thématiques abordées à l’antenne.
CNews également visée par une contestation grandissante
Cette mobilisation intervient dans un contexte plus large de critiques visant la concentration des médias et l’influence de certains propriétaires sur le paysage audiovisuel français. Le cas de BFMTV fait notamment écho aux controverses entourant CNews, propriété du groupe Bolloré, régulièrement accusée de favoriser les thématiques et les discours de l’extrême droite.
Une pétition réclamant le retrait de CNews du paysage audiovisuel français a, de son côté, dépassé les 700.000 signatures, selon les éléments rapportés dans le texte à l’origine de cette mobilisation. Lancée le 10 juin par Lucas Massoni, elle réclame le retrait de la chaîne des services audiovisuels autorisés et va jusqu’à demander sa fermeture.
Ces différentes initiatives mettent en lumière un débat de fond sur l’indépendance des médias français, le poids des grands groupes privés dans la production de l’information et les limites du pluralisme sur les chaînes d’actualité. Une question qui dépasse désormais les seules controverses autour des plateaux télévisés : celle de savoir dans quelle mesure les choix éditoriaux peuvent contribuer à banaliser certaines orientations politiques dans le débat public.

