Algeria Gate : Recherché par l’Algérie et condamné dans plusieurs affaires financières, l’homme d’affaires Ayoub Aïssiou a été remis en liberté provisoire par la justice espagnole après un revirement du parquet. Le quotidien espagnol El Debate révèle parallèlement l’existence d’une dénonciation le reliant à un réseau international de narcotrafic et à des membres des services de renseignement marocains une décision qui risque d’alimenter de nouvelles tensions entre Alger et Madrid.
Une arrestation suivie d’un revirement judiciaire
Ancien patron de la télévision privée algérienne El Djazairia One, Ayoub Aïssiou avait été arrêté le 25 juillet 2026 à l’aéroport de Barcelone-El Prat, à sa descente d’un vol en provenance de Casablanca, sur la base d’un mandat d’arrêt international émis par l’Algérie, Il avait alors été placé à la prison de Brians 1, en Catalogne, dans le cadre de la procédure d’extradition engagée par Alger, qui le réclame pour faux en écriture, participation à une organisation criminelle et blanchiment de capitaux des faits pour lesquels il a été condamné par contumace à un total de 55 années de prison ferme dans trois affaires distinctes, la première portant sur un vaste détournement de fonds publics dissimulé en bénéfices d’entreprise via un réseau de sociétés écrans.
Le 15 août, le juge Santiago Pedraz avait pourtant refusé une première demande de libération sous caution, estimant le risque de fuite avéré — un homme intercepté avec un passeport libérien de complaisance ne prêtant guère à la spéculation sur ce point. Mais le 4 septembre, après 41 jours de détention, la donne a changé : le parquet espagnol, qui avait lui-même soutenu le placement puis le maintien en détention d’Aïssiou, s’est brusquement prononcé en faveur de sa libération. La section d’instruction du Tribunal central a alors annulé ses propres décisions des 28 juillet et 21 août, jugeant l’incarcération sans caution disproportionnée. Selon The Objective, la défense aurait maintenu cette libération secrète pendant dix jours pour éviter toute pression politique, La procédure d’extradition, elle, n’est pas close : des mesures conservatoires dont un retrait de passeport restent en vigueur en attendant que l’Audiencia Nacional se prononce, dans la seconde quinzaine de septembre, avant qu’une décision finale ne revienne, le cas échéant, au Conseil des ministres espagnol.
Une dénonciation qui dépasse le seul volet financier
L’affaire prend une tout autre dimension avec les révélations d’El Debate, qui affirme avoir eu accès à une dénonciation plaçant Aïssiou au cœur d’un réseau cherchant à acheminer des stupéfiants depuis le Brésil et la Guinée-Bissau vers l’Europe et l’Afrique du Nord, en transitant par le Maroc, Algésiras, les îles Canaries, Ceuta et Melilla. Le document cité mentionne trois protagonistes : Ayoub Aïssiou lui-même, des membres du renseignement marocain, et le narcotrafiquant portugais Rúben Oliveira, alias « Xuxas ». Cette combinaison est qualifiée, dans la dénonciation, de « structure à haut risque géopolitique cherchant à utiliser un territoire et des identités liées à la région pour couvrir des opérations illicites ».
Un contexte diplomatique déjà tendu
L’affaire s’inscrit dans un climat diplomatique particulièrement sensible entre l’Espagne, l’Algérie et le Maroc, Aïssiou avait quitté l’Algérie pour s’exiler en France dès 2019, tout en continuant à séjourner régulièrement au Maroc et en Espagne, Sa défense bénéficierait par ailleurs de soutiens de poids, dont celui de l’ancien Premier ministre français Manuel Valls, selon le média espagnol Narcodiario.
Le dossier intervient également peu après la visite du chef du gouvernement espagnol Pedro Sánchez à Alger, en juillet 2026, la première d’un chef de gouvernement espagnol depuis octobre 2020, marquant un net réchauffement des relations algéro-espagnoles l’Algérie étant redevenue le premier fournisseur de gaz de l’Espagne. Dans ce contexte, plusieurs observateurs estiment que Madrid pourrait être tenté de donner satisfaction à Alger sur ce dossier d’extradition, sans que le contentieux plus ancien lié au Sahara occidental, à l’origine de la brouille hispano-algérienne de 2021-2022, n’ait pour autant été formellement réglé entre les deux capitales.