Algeria Gate : La question algérienne s’invite une nouvelle fois au cœur de la campagne présidentielle française, Invité dimanche 30 août sur BFMTV, l’ancien Premier ministre et candidat du parti Horizons, Édouard Philippe, a clairement affiché sa position : « Je suis favorable à la dénonciation du traité de 1968 », en référence à l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968.
Cette déclaration, loin d’être anodine, intervient alors que le débat sur l’immigration occupe une place centrale dans la classe politique française. Pour Édouard Philippe, la dénonciation de cet accord doit permettre de revoir les conditions particulières dont bénéficient les ressortissants algériens en matière de séjour et d’immigration.
Mais derrière cette offensive politique, une question mérite d’être posée : pourquoi l’Algérie est-elle aussi régulièrement utilisée comme argument électoral dans les débats politiques français ?
L’accord de 1968 constitue un cadre particulier dans les relations entre les deux pays, Il a été modifié à plusieurs reprises au fil des décennies et son contenu actuel est bien différent de celui de ses débuts, Des analyses juridiques récentes soulignent d’ailleurs que plusieurs dispositions initialement avantageuses ont été progressivement encadrées ou réduites par les évolutions législatives et jurisprudentielles françaises.
Une nouvelle offensive contre Alger ?
Pour l’Algérie, le problème est surtout de voir une relation historique et complexe constamment ramenée à la seule question migratoire.
Depuis plusieurs années, une partie de la droite française réclame la dénonciation de l’accord de 1968, En octobre 2025, une proposition de résolution allant dans ce sens avait d’ailleurs été adoptée à l’Assemblée nationale par 185 voix contre 184, avec notamment le soutien d’une partie des députés Horizons.
La nouvelle déclaration d’Édouard Philippe montre donc que le sujet est loin d’être enterré, Elle intervient surtout à l’approche de la présidentielle française, dans un contexte où plusieurs responsables politiques cherchent à se positionner sur l’immigration et à séduire un électorat de droite.
Du point de vue algérien, il serait toutefois réducteur de présenter l’accord de 1968 comme une sorte de « privilège » accordé gratuitement à l’Algérie, Ce texte est issu d’une histoire bilatérale particulière et s’inscrit dans l’ensemble des accords qui ont structuré les relations entre les deux pays après l’indépendance.
L’Algérie n’a pas vocation à devenir le bouc émissaire des difficultés politiques françaises, Les débats sur l’immigration, l’intégration ou la politique intérieure française relèvent d’abord des choix de la France et de ses dirigeants.
Et surtout, une relation entre deux États ne peut durablement être construite à coups de menaces, de rapports de force et de déclarations électorales.
Si Paris souhaite revoir ses accords avec Alger, cela peut se discuter dans le cadre du dialogue diplomatique, Mais transformer systématiquement l’Algérie en sujet de campagne électorale risque surtout d’alimenter la tension entre deux pays qui, malgré leurs différends, restent liés par une histoire, des intérêts économiques et humains considérables.
Une chose est certaine : l’Algérie n’a plus à accepter d’être traitée comme une variable d’ajustement de la politique intérieure française, La relation entre Alger et Paris doit être fondée sur le respect mutuel, la souveraineté et l’égalité entre les deux États.
