Algeria Gate : Le Maroc se retrouve une nouvelle fois au centre des interrogations liées aux réseaux internationaux de trafic de cannabis. La fuite d’un grand baron espagnol, surnommé le « Tigre du cannabis », qui aurait trouvé refuge sur le territoire marocain avant le démantèlement de son organisation, remet en lumière le rôle du royaume dans les circuits d’approvisionnement du marché européen et soulève de sérieuses questions sur la traque des figures du narcotrafic de l’autre côté de la Méditerranée.
En effet, selon l’Agence de presse algérienne (APS), citant des médias espagnols, la Police nationale espagnole a démantelé un vaste réseau spécialisé dans le trafic de cannabis. Le bilan de l’opération est particulièrement révélateur de l’ampleur de cette organisation criminelle : 86 personnes interpellées et près de 11 tonnes de stupéfiants saisies. Une enquête d’envergure, menée sous l’autorité de l’Audience nationale, qui a mobilisé les services de police dans sept provinces espagnoles.
Madrid a constitué le principal foyer des arrestations, avec 65 suspects interpellés. D’autres opérations ont été conduites à Guadalajara, Valence, Malaga, Burgos, Almería et Gérone. Dix-huit personnes ont été placées en détention provisoire.
Au sommet de cette organisation figurait un ressortissant espagnol connu sous les surnoms d’« El Moro » et du « Tigre du cannabis ». Loin d’être un simple exécutant, cet homme est présenté comme le principal responsable d’un réseau structuré, disposant de circuits d’approvisionnement, de moyens logistiques et de mécanismes financiers destinés à dissimuler les bénéfices du trafic.
D’après les informations rapportées par la presse espagnole, notamment El País, ce grand baron aurait quitté l’Espagne en mars dernier pour s’installer au Maroc, alors que les investigations ouvertes en 2025 menaçaient de mettre au jour l’ensemble de son organisation.
Ce départ vers le royaume chérifien pose une question embarrassante pour Rabat : comment un individu présenté comme le chef d’une importante structure criminelle transfrontalière peut-il envisager de se soustraire aux poursuites européennes en traversant le détroit de Gibraltar ? Le Maroc est-il devenu, pour certains membres de la pègre internationale, une destination où se mettre à l’abri lorsque la pression judiciaire s’intensifie en Europe ?
L’enquête espagnole met également en évidence l’importance des circuits d’approvisionnement en provenance du Maroc. Selon les éléments rapportés par les médias espagnols, des cargaisons de cannabis étaient acheminées régulièrement vers des entrepôts clandestins à Madrid, avant d’être redistribuées sur le marché européen.
Le réseau s’appuyait sur une logistique organisée, comprenant des véhicules, des lieux de stockage et des biens immobiliers. Pour masquer l’origine des revenus, ses membres auraient également eu recours à des sociétés écrans et à des structures commerciales servant à blanchir les bénéfices du trafic.
Ces révélations rappellent une réalité qui embarrasse régulièrement les autorités marocaines : la lutte contre le narcotrafic ne peut se résumer aux déclarations officielles et aux opérations ponctuelles de saisie. Elle exige des résultats tangibles contre les structures qui alimentent les filières, organisent les expéditions clandestines et tirent profit de la demande européenne.
Le Maroc, régulièrement cité parmi les principaux pays d’origine de la résine de cannabis destinée au marché européen, reste confronté à une contradiction majeure : malgré les annonces de lutte contre les stupéfiants, les réseaux transnationaux continuent d’exploiter les routes reliant le royaume à l’Europe.
L’affaire du « Tigre du cannabis » renforce ainsi les interrogations sur l’efficacité des dispositifs de contrôle et de coopération judiciaire entre Rabat et les capitales européennes.