Algeria Gate : Plus de soixante ans après l’indépendance de l’Algérie, la mémoire de la guerre continue de provoquer des tensions en France. À Elne, dans les Pyrénées-Orientales, la municipalité a décidé de retirer le nom du cinéaste René Vautier du cinéma municipal, désormais rebaptisé « La Bobine illibérienne ».
Le maire Steve Fortel, classé à l’extrême droite lors des municipales de 2026, justifie notamment cette décision par sa volonté de ne pas « politiser la culture ». Il a également déclaré qu’il pourrait retirer d’autres noms de lieux associés à des personnalités ayant soutenu le FLN.
Mais cette décision a provoqué une réaction particulièrement forte dans le monde du cinéma français. Le 2 octobre, environ une centaine de salles à travers le pays ont symboliquement adopté, pour une journée, le nom de « Cinéma René-Vautier ». Plusieurs organisations professionnelles du cinéma ont participé au mouvement, dénonçant ce qu’elles considèrent comme un effacement de la mémoire et de l’œuvre du réalisateur.
Un cinéaste français profondément lié à l’histoire algérienne
Pour les Algériens, René Vautier n’est pas un nom comme les autres. Cinéaste anticolonialiste, il s’était engagé pendant la guerre de Libération et avait filmé les combattants de l’ALN dans les Aurès et les Nementchas. Une unité de tournage mise en place en 1957 portait même le nom de son pseudonyme, « Farid Dendani », et contribuait à former des Algériens aux techniques cinématographiques.
Son travail a laissé plusieurs œuvres directement liées à l’Algérie, notamment Algérie en flammes. Plus tard, son film Avoir vingt ans dans les Aurès deviendra l’une des œuvres françaises les plus connues consacrées à la guerre d’Algérie et sera récompensé à Cannes en 1972.
René Vautier était également un ancien résistant français contre l’occupation nazie et avait reçu la Croix de guerre en 1945. Son engagement ne se limitait donc pas à la question algérienne : son cinéma s’est également attaqué au colonialisme, au racisme et à l’apartheid.

L’Algérie au cœur d’une nouvelle bataille mémorielle française
L’affaire dépasse finalement le simple changement de nom d’une salle de cinéma. Elle montre combien la guerre d’Algérie continue de traverser le débat public français.
D’un côté, une municipalité considère que le nom de René Vautier est trop politiquement marqué. De l’autre, une partie importante du monde culturel français estime précisément que son engagement appartient à l’histoire et qu’il ne doit pas être effacé.

Pour l’Algérie, cette polémique a une résonance particulière : un homme qui avait choisi de filmer la lutte des Algériens contre le colonialisme se retrouve, plusieurs décennies après sa mort, au centre d’un nouveau conflit de mémoire en France.
Et la réponse d’une centaine de cinémas français le rappelle : retirer un nom d’une façade ne suffit pas nécessairement à faire disparaître ce qu’il représente.