Algeria Gate : Un ancien cadre des services de renseignement extérieur marocains, aujourd’hui en fuite à l’étranger, affirme détenir des secrets d’État capables de mettre en cause à la fois le Royaume du Maroc et la République française, Une enquête publiée par Le Canard Enchaîné, qui a réussi à le localiser à l’étranger où il se cache, lève le voile sur certaines de ses accusations.
Un ancien numéro deux des services extérieurs
Selon l’hebdomadaire satirique, l’homme, Mehdi Hijaouy, aurait occupé jusqu’en 2014 le poste de numéro deux de la Direction générale des études et de la documentation (DGED), le service de renseignement extérieur du Royaume du Maroc, équivalent marocain de la DGSE française, avant d’assumer d’autres responsabilités, Le Canard le décrit comme un homme qui reconnaît lui-même avoir pris part, par le passé, à certaines opérations qu’il qualifie aujourd’hui de « sales besognes », et qui dit aujourd’hui vouloir s’en expliquer.
Il convient toutefois de noter que le profil et la crédibilité de Mehdi Hijaouy font l’objet d’un vif désaccord entre les sources, Si des médias comme Le Monde ou Le Canard Enchaîné le présentent comme un ancien haut responsable du renseignement marocain, plusieurs médias proches des autorités de Rabat le décrivent au contraire comme un agent radié dès 2010 pour faute professionnelle, aujourd’hui poursuivi au Maroc pour des faits d’escroquerie et de faux, et visé par un mandat d’arrêt international émis en septembre 2024.

L’affaire des « réfugiés de Sebta »
Parmi les révélations les plus sensibles rapportées par Le Canard Enchaîné figure celle concernant la crise dite des « réfugiés de Sebta » : ces quelque 70 000 Marocains qui avaient franchi, le 30 mai dernier, les frontières de l’enclave espagnole, située à proximité de la résidence d’été du roi du Maroc sur l’île, Selon Mehdi Hijaouy, cet afflux massif n’aurait rien eu de spontané, Il affirme avoir eu connaissance de cette manœuvre, dans laquelle deux stratèges alors proches de lui à l’époque auraient joué un rôle : Abdellatif Hammouchi, chef de la police du Royaume, et Fouad Ali El Himma, conseiller historique du roi Mohammed VI, surnommé le « vice-roi », et qui fut lui-même un temps conseiller de cet ancien espion.

Un rapport de la police espagnole évoque une « négligence totale »
Ces accusations font écho à un rapport de la police des frontières espagnole, révélé début septembre, qui dénonce une « négligence totale » des forces de sécurité et responsables marocains dans cette « violation des frontières espagnoles et de l’Union européenne ».
Interrogé par Le Canard, Mehdi Hijaouy s’interroge : comment un tel afflux de personnes vers l’enclave aurait-il pu se produire sans que ni le « vice-roi », ni le chef de la police n’en soient informés ?
Il estime que les vingt années de règne de Mohammed VI n’avaient encore jamais connu un tel degré de mauvaise gestion, affirmant que plus de 140 ressortissants marocains seraient morts noyés au cours de cette opération estivale qu’il qualifie de catastrophique.

Des accusations qui restent à ce stade non vérifiées de façon indépendante
Ces déclarations, qui n’engagent pour l’instant que leur auteur, n’ont fait l’objet d’aucune confirmation officielle, ni de la part des autorités marocaines, ni de la part des personnalités citées, Elles s’inscrivent dans un climat de tensions croissantes entre Rabat, Madrid et Paris autour de plusieurs dossiers sensibles, qu’il s’agisse de la gestion des flux migratoires, du logiciel espion Pegasus ou des rivalités internes au sein de l’appareil sécuritaire marocain.






