Algeria Gate : L’ancien responsable des renseignements marocains Mehdi Hijaouy livre un récit particulièrement sensible sur le fonctionnement de l’appareil sécuritaire du royaume, Au cœur de ses accusations : le logiciel espion Pegasus, des opérations de surveillance visant des personnalités françaises et espagnoles, ainsi que plusieurs affaires impliquant de hauts responsables marocains, Des affirmations qui restent, pour certaines, contestées ou non vérifiées indépendamment.
Pegasus au cœur des révélations
Selon Mehdi Hijaouy, les services marocains auraient utilisé le logiciel espion Pegasus pour surveiller plusieurs personnalités de premier plan, L’ancien responsable affirme que des personnalités françaises, dont Emmanuel Macron et Édouard Philippe, ainsi que des journalistes français et le chef du gouvernement espagnol Pedro Sánchez, auraient figuré parmi les cibles potentielles.
Ces déclarations s’inscrivent dans le prolongement des révélations du projet Pegasus, mené notamment par Forbidden Stories et Amnesty International, qui avait mis en évidence l’existence de milliers de numéros sélectionnés pour une éventuelle surveillance à travers plusieurs pays.
Hijaouy va toutefois plus loin dans son témoignage, Il affirme que des représentants de NSO Group, la société israélienne à l’origine de Pegasus, auraient présenté le logiciel à Abdellatif Hammouchi à Rabat en 2017, Selon son récit, le responsable marocain aurait demandé une démonstration sur son propre téléphone avant que l’outil ne soit utilisé dans d’autres opérations.
Des accusations qui touchent le sommet de l’appareil sécuritaire
Dans son témoignage, Hijaouy évoque également le rôle qu’auraient joué Abdellatif Hammouchi et Fouad Ali El Himma dans la gestion de certaines opérations de renseignement.
L’ancien espion affirme par ailleurs que d’autres informations sensibles auraient été compromises lors d’une affaire liée à Telegram, touchant des membres des services de sécurité marocains, Il évoque notamment une équipe chargée d’enquêter sur la sécurité des responsables marocains et qui aurait ensuite été confrontée à des problèmes internes.
Ces affirmations sont particulièrement sensibles puisqu’elles concernent directement les mécanismes de sécurité et de renseignement du royaume.
L’affaire Zakaria Moumni refait surface
Mehdi Hijaouy revient également sur l’affaire du kick-boxeur marocain Zakaria Moumni, arrêtée et détenue au Maroc au début des années 2010, Il affirme avoir été témoin de son arrivée dans les locaux de la police judiciaire et soutient que le sportif aurait subi des violences.
Hijaouy met notamment en cause Abdellatif Hammouchi dans son récit, Cette affaire avait déjà provoqué d’importantes tensions judiciaires et diplomatiques entre Paris et Rabat, après l’ouverture en France d’une procédure visant le responsable marocain.
Là encore, les accusations formulées par Hijaouy doivent être distinguées des faits judiciairement établis et des conclusions officiellement reconnues.
Un ancien homme du système devenu fugitif
Le parcours de Mehdi Hijaouy donne une dimension particulière à ses révélations, Présenté comme un ancien haut responsable des services de renseignement extérieur marocains, il affirme avoir évolué au cœur de plusieurs cercles du pouvoir avant de rompre avec le système.
Depuis son départ du Maroc, il affirme craindre pour sa sécurité et avoir vécu dans plusieurs pays, Son passé dans le renseignement lui permet aujourd’hui de livrer un récit particulièrement détaillé sur les coulisses de l’appareil sécuritaire marocain.
Des révélations à prendre avec prudence
Les accusations de Mehdi Hijaouy sont potentiellement explosives, mais elles ne constituent pas à elles seules des preuves indépendantes, Certaines font écho à des enquêtes internationales déjà publiées, tandis que d’autres reposent essentiellement sur son propre témoignage.
Si elles étaient confirmées dans leur ensemble, elles pourraient néanmoins soulever de nouvelles questions sur l’utilisation des outils de cybersurveillance, les relations entre les services marocains et leurs partenaires étrangers, ainsi que sur les rivalités au sein de l’appareil sécuritaire du royaume.
Une chose est certaine : en révélant ce qu’il affirme être les secrets de son ancien univers, Mehdi Hijaouy place une nouvelle fois le renseignement marocain, Pegasus et les relations entre Rabat, Paris et Madrid au centre de l’attention.








