l’ancien axe franco-marocain face à la nouvelle stratégie européenne de l’Algérie
La scène diplomatique méditerranéenne connaît aujourd’hui une transformation profonde, Alors que Paris et Rabat tentent de relancer une relation historique à travers un nouveau traité politique annoncé par le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot et une future visite du roi Mohammed VI, l’Algérie, elle, semble avoir déjà tourné la page d’un ancien modèle de relations dominé par l’influence française.

Derrière les cérémonies diplomatiques et les discours officiels sur le « partenariat stratégique » entre la France et le Maroc, beaucoup voient surtout une tentative de sauver une relation fragilisée par les changements géopolitiques actuel, Car le contexte international n’est plus celui des décennies passées. Les rapports de force ont évolué, les intérêts énergétiques ont changé et les pays du Sud cherchent désormais des partenariats fondés sur l’équilibre et le respect mutuel.
La France continue certes de vouloir préserver son influence au Maghreb, mais sa position n’est plus celle d’autrefois, Son recul progressif en Afrique, ses difficultés économiques internes et la perte d’une partie de son poids diplomatique affaiblissent sa capacité à imposer sa vision dans la région, Beaucoup de pays refusent aujourd’hui les anciennes logiques héritées de la Françafrique, basées sur l’influence politique et la dépendance économique.
L’Algérie fait justement partie de ces États qui revendiquent une souveraineté totale dans leurs choix stratégiques, Depuis plusieurs années, Alger adopte une politique extérieure plus diversifiée et plus indépendante, Le message est clair : les partenariats doivent servir les intérêts nationaux et non reproduire des rapports déséquilibrés hérités du passé colonial.

Dans ce contexte, le rapprochement entre l’Algérie et l’Italie marque un tournant majeur, La visite de la présidente du Conseil italien Giorgia Meloni à Alger a confirmé l’importance stratégique prise par la coopération énergétique entre les deux pays, Rome considère désormais l’Algérie comme un partenaire central pour la sécurité énergétique européenne, notamment depuis les bouleversements provoqués par la guerre en Ukraine.
L’Allemagne, de son côté, cherche également à renforcer ses liens avec Alger, La prochaine visite du président Abdelmadjid Tebboune à Berlin illustre cette nouvelle dynamique. Première puissance industrielle d’Europe, l’Allemagne voit dans l’Algérie un partenaire stable, capable de jouer un rôle clé dans les domaines de l’énergie, de l’industrie et des infrastructures.
Ce qui distingue surtout cette nouvelle orientation algérienne, c’est la nature même des partenariats recherchés, L’Algérie ne veut plus être uniquement un marché ou un fournisseur de matières premières, Elle cherche désormais des coopérations basées sur la coproduction, le transfert technologique, l’investissement industriel et le développement d’intérêts communs à long terme.
Face à cela, le tandem franco-marocain apparaît davantage attaché à des équilibres anciens, Rabat continue de miser fortement sur son alliance privilégiée avec Paris pour consolider sa position diplomatique et économique, tandis que la France tente de préserver une influence historique qui s’érode progressivement dans la région.
Le monde méditerranéen change rapidement, Les nouvelles alliances se construisent désormais autour de l’énergie, de l’industrie, de la souveraineté économique et des intérêts stratégiques réels, Et dans cette recomposition silencieuse mais décisive, l’Algérie semble avoir choisi d’avancer avec pragmatisme vers une nouvelle Europe, plus industrielle, plus équilibrée et moins marquée par les vieux réflexes du passé.

