Algeria Gate : L’article qui prétend expliquer aux Algériens quelle place doit occuper le français en Algérie repose sur une idée profondément révélatrice : celle selon laquelle l’Algérie devrait encore être définie à travers son rapport à la France.
Or, il faut rappeler une évidence que certains semblent avoir du mal à accepter : l’Algérie est un État souverain, indépendant et maître de ses choix, Elle n’est ni une extension de la France, ni une société qui aurait besoin d’une validation française pour définir son identité, sa langue ou son avenir.
L’Algérie possède sa propre histoire, sa propre culture, ses propres références et surtout sa propre conception de son avenir. L’arabe et tamazight sont les langues nationales et officielles consacrées par la Constitution algérienne. Cette réalité n’a pas besoin d’être justifiée à Paris, pas plus qu’elle ne doit être négociée avec qui que ce soit.
Le plus surprenant dans certains discours est justement cette obsession permanente à vouloir transformer la question linguistique en duel entre « modernité » et « arabité », ou entre « France » et « Algérie », Pourquoi faudrait-il choisir ? Pourquoi la maîtrise du français devrait-elle automatiquement conduire à considérer cette langue comme une composante officielle de l’identité algérienne ?
Un Algérien peut parfaitement parler français, anglais, espagnol ou toute autre langue sans cesser d’être profondément algérien, De la même manière, défendre l’arabe et tamazight ne signifie pas rejeter le monde extérieur.
L’Algérie n’est plus celle que certains veulent décrire
L’Algérie d’aujourd’hui regarde vers l’Afrique, vers le monde arabe, vers la Méditerranée et vers les nouvelles puissances économiques mondiales, Elle développe ses relations internationales selon ses intérêts et non selon une quelconque logique d’alignement automatique.
La France demeure un partenaire avec lequel l’Algérie entretient des relations importantes, notamment économiques, humaines et diplomatiques, Mais partenariat ne signifie pas dépendance, et histoire commune ne signifie pas identité commune.
C’est précisément là que certains discours se trompent : ils confondent les liens historiques entre deux pays avec une prétendue continuité politique ou culturelle qui imposerait à l’Algérie de rester éternellement tournée vers l’ancienne puissance coloniale.
L’Algérie a payé un prix immense pour conquérir son indépendance, Elle n’a donc pas besoin, plusieurs décennies plus tard, qu’on lui explique qu’elle devrait faire du français une langue nationale et officielle pour être moderne.
Modernité ne signifie pas francisation
L’argument selon lequel l’abandon progressif du français conduirait nécessairement à la « ruine » de l’école ou de l’université mérite également d’être sérieusement interrogé.
Le véritable enjeu de l’école algérienne n’est pas de savoir si elle doit être française, arabophone ou francophone, L’enjeu est de construire une école performante, scientifique, ouverte sur le monde et capable de former des générations maîtrisant plusieurs langues.
L’Algérie peut parfaitement renforcer l’enseignement de l’anglais, améliorer celui du français, développer l’arabe et valoriser tamazight, Il n’existe aucune contradiction entre ces objectifs.
Ce qui doit être refusé, en revanche, c’est l’idée selon laquelle une langue étrangère serait la condition de la modernité algérienne.
L’Algérie n’a pas à devenir française pour être moderne, Elle n’a pas non plus à tourner le dos au français pour affirmer son indépendance.
Elle doit simplement avoir suffisamment confiance en elle pour décider elle-même.
Une Algérie qui écrit sa propre histoire
Le véritable débat devrait donc être ailleurs : comment construire une Algérie forte, instruite, technologiquement avancée, économiquement indépendante et ouverte sur le monde ?
La réponse ne se trouve ni dans la nostalgie de la période coloniale, ni dans une guerre permanente contre une langue.
Elle se trouve dans la confiance en soi.
L’Algérie n’est pas française, Elle ne l’est pas devenue par la colonisation, et elle ne le deviendra pas par l’usage du français, Elle est algérienne, avec son histoire, ses blessures, ses contradictions, ses langues et ses aspirations.
Et aujourd’hui, ce n’est pas à la France de définir ce que doit être l’Algérie, ni à certains commentateurs de Paris de dicter aux Algériens la manière dont ils doivent concevoir leur identité.
L’Algérie a une voix, Elle a une histoire, Elle a une souveraineté.
Et surtout, elle a le droit de construire son propre avenir.
