Algeria Gate : Le Maroc est de nouveau pointé du doigt sur les libertés publiques, Dans un rapport publié aujourd’hui, Amnesty International évoque un dispositif de surveillance de grande ampleur visant des journalistes, des militants des droits de l’homme et des voix critiques, L’organisation s’appuie sur le témoignage inédit d’un ancien agent des renseignements marocains, sur des données de surveillance divulguées et sur des analyses techniques.
Le rapport s’intitule « Nous commençons par le verdict : au cœur de la machine de surveillance du Maroc », Ce dernier décrit un système qui combine logiciels espions, interceptions téléphoniques, dispositifs d’écoute et surveillance physique, Amnesty met directement en cause la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST), qu’elle présente comme l’un des principaux acteurs de ces opérations.
« Le Maroc a pleinement adopté les pratiques techno-autoritaires », déclare Agnès Callamard, secrétaire générale de l’organisation. Elle accuse les autorités d’avoir bâti un dispositif destiné à « instaurer la peur » chez les journalistes et les défenseurs des droits humains, et à faire taire leurs voix.
Une large partie du rapport porte sur Pegasus, le logiciel espion de la société israélienne NSO Group. Pour Amnesty, les éléments réunis confortent la thèse selon laquelle la DGST aurait commencé à déployer l’outil au Maroc dès septembre 2017.
L’organisation dit avoir analysé 103 numéros de téléphone marocains intégrés au système entre septembre et décembre 2017. Parmi les personnes identifiées : 34 défenseurs des droits humains, 22 journalistes et professionnels des médias, cinq avocats et quatre universitaires.
Cette répartition n’a rien d’anodin selon Amnesty. « Les numéros de téléphone de défenseurs des droits humains et de journalistes connus figuraient parmi les premiers à être introduits dans le système Pegasus », souligne Donncha Ó Cearbhaill, responsable du Security Lab de l’organisation.
Le rapport détaille aussi les modes d’infection : des attaques qui exigent un clic de la victime jusqu’aux techniques dites « zero-click », qui compromettent un appareil sans intervention apparente. Amnesty mentionne également des attaques par injection réseau passées par l’infrastructure de Maroc Telecom, l’opérateur historique contrôlé par l’État.
Un système qui dépasse largement les téléphones
L’enquête ne s’arrête pas aux logiciels espions. D’après le témoignage de l’ancien agent de la DGST, présenté sous le pseudonyme « Safir », les méthodes employées auraient aussi visé les ordinateurs, les espaces privés et les déplacements des personnes ciblées.
Cet ancien agent affirme que des téléphones étaient préinfectés avant leur mise en vente, via certains revendeurs, et que des cybercafés avaient été équipés de logiciels pour surveiller l’activité des utilisateurs.
« Les outils utilisés sont très variés, mais l’objectif est clair : faire chanter, discréditer, humilier et, si nécessaire, emprisonner injustement ceux qui prennent la parole », affirme Rebecca White, chercheuse au Security Lab d’Amnesty International.
L’organisation rapporte aussi des captations audio dans des lieux privés et l’usage de dispositifs de suivi. La surveillance pourrait parfois s’étendre aux proches, aux collègues et aux réseaux professionnels des personnes visées.
Pour Amnesty, l’enjeu dépasse la seule cybersécurité. L’organisation estime que ce dispositif installe un climat de peur et d’autocensure dans la société civile marocaine.
Le journaliste marocain Omar Radi, cité dans le rapport, résume son expérience : « Dès que je parle en public, dès que j’écris une publication sur Facebook, dès que je mets quelque chose sur Instagram, ils scrutent chacun de mes mouvements. » Il accuse aussi certains médias d’être devenus des « instruments de terreur ».
Dans ce sillage, Amnesty affirme que les opérations de surveillance sont parfois suivies de campagnes de discrédit dans des médias alignés sur le pouvoir. Les techniques numériques s’inscriraient donc dans un dispositif plus large de pression judiciaire et médiatique contre les voix critiques.
Rabat n’a pas répondu aux accusations
Amnesty International indique avoir transmis ses conclusions aux autorités marocaines quatre semaines avant la publication, sans réponse à ce jour. L’organisation demande aux autorités de mettre fin à une surveillance qu’elle juge illégale et d’ouvrir des enquêtes indépendantes sur les accusations visant la DGST, Elle appelle aussi les États à suspendre leurs exportations vers le Maroc de logiciels espions et d’autres technologies intrusives, tant que des garanties suffisantes en matière de droits humains ne sont pas en place.
Ce rapport replace donc le Maroc au centre des critiques internationales sur la surveillance numérique, la liberté de la presse et le traitement réservé aux opposants et aux défenseurs des droits humains.










