RABAT – Les différentes villes marocaines connaissent une escalade rapide des mouvements de protestation, reflet direct d’une tension sociale exacerbée face à l’obstination du régime du Makhzen et son incapacité à résoudre les crises multiples dont souffrent les citoyens.
Sous l’effet de cette politique marquée par l’indifférence et la mauvaise gestion, le Réseau Marocain pour la Défense du Droit à la Santé et du Droit à la Vie a alerté, dans un communiqué, sur une dérive dangereuse du système de santé. Selon l’organisation, la santé fonctionne désormais à « deux vitesses », où le droit aux soins est devenu tributaire du pouvoir d’achat et du statut social, au lieu d’être un droit constitutionnel garanti à tous.
Le communiqué précise que le problème dépasse la simple médiocrité des services pour atteindre une consécration des disparités sociales profondes, reflétant l’échec des politiques publiques à traiter les déterminants fondamentaux de la santé, tels que le logement, l’éducation, l’emploi et la sécurité alimentaire.
Le Réseau a également souligné que l’essence de la crise ne réside pas uniquement dans les infrastructures, mais résulterait principalement d’un sous-financement, d’une mauvaise gouvernance et d’un manque aigu de personnel qualifié. Les hôpitaux publics accusent un déficit de plus de 32 000 médecins et 65 000 infirmiers. Le système de santé public est au bord de l’effondrement, notamment alors que le secteur privé s’accapare environ 91 % des dépenses de l’Assurance Maladie Obligatoire (AMO), contre seulement 9 % pour les hôpitaux publics, tandis que 30 % des Marocains restent sans couverture médicale, otages d’un service public épuisé.
Révélant l’ampleur de ce déséquilibre structurel, les données confirment que le secteur public s’effondre sous le poids de la pénurie de ressources et de la mauvaise gestion, face à une expansion agressive du secteur privé avec la « complicité flagrante » des autorités. Ce dernier, régi par une logique de profit illégitime, exploite la souffrance des citoyens en l’absence de tout contrôle réel, transformant le droit aux soins en un privilège de classe.
Par ailleurs, la situation de l’enseignement préscolaire n’est guère différente. Ce secteur a été marqué mardi par des sit-in de protestation, parallèlement à une grève nationale prévue ce mercredi, pour dénoncer les politiques de délégation qui ont transformé l’éducation en un marché ouvert, déchargeant l’État de ses responsabilités fondamentales.
À cet égard, la coordination syndicale de l’enseignement a fustigé la contradiction entre le discours officiel et une réalité révélant une crise structurelle profonde, où la petite enfance est passée d’une priorité nationale à une « marchandise bon marché » cédée à des associations, le ministère de tutelle ayant abandonné son rôle au profit de ceux qu’ils qualifient de « marchands d’illusions pédagogiques ».
Dans la continuité de ce climat de crise, les critiques syndicales s’intensifient. L’Organisation Démocratique du Travail (ODT) a mis en garde contre une « privatisation déguisée » de la santé et de l’éducation, alertant sur les conséquences de politiques soumettant les droits fondamentaux à la logique du marché. Elle a également exprimé de sérieuses inquiétudes concernant des mécanismes d’exclusion, tels que le Registre Social Unifié (RSU), accusé de priver des catégories méritantes d’aides sociales, par manque de transparence et d’équité.
De son côté, l’Union Marocaine du Travail (UMT) a exprimé son profond mécontentement face à l’aggravation de la crise et à la montée de la colère populaire. Le syndicat a imputé au gouvernement la responsabilité d’avoir laissé le champ libre aux « marchands de crises », en l’absence d’une régulation stricte pour freiner la spéculation et les monopoles.
La centrale syndicale a conclu son appel en insistant sur la nécessité d’intensifier la mobilisation ouvrière, faisant du 1er mai prochain une étape de contestation majeure contre la détérioration des conditions sociales, signe clair que le niveau de colère est appelé à croître davantage.


